SANTE- NUTRITION EN PAYS DOGON
13 August 1999
by Sophie Leonard

Avant de parler de mon travail, je trouve important d'en poser le cadre. Représentez-vous, sur la carte de l'Afrique de l'Ouest, le Mali, pays enclavé dont le territoire au Nord est largement désertique, puis se transforme progressivement en Sahel qui devient plus riant au fur et à mesure que l'on va vers le sud.

Le Mali est l'un des pays les plus pauvres de la planète, et en tant que VNU médecin-nutritionniste, je ne peux m'empêcher de vous citer les chiffres de mortalité infantile de 123/1000', celle des moins de 5 ans de 238/1000' et la mortalité maternelle de 577/100.000'.

Nous vivons dans un bourg rural de 2.800 habitants, Bankass (région de Mopti), à quelques 800 km de la capitale. Il n'y a ni téléphone, ni électricité, I'alimentation est peu variée, mais avec notre potager et l'approvisionnement via les chauffeurs du projet, nous arrivons certainement à donner plus de fruits et légumes à nos propres enfants que les mères dogons ou peulhes de ce pays. Ici, femmes et enfants souffrent fréquemment de carences nutritionnelles, soit qu'il s'agisse d'un déficit calorique net, soit d'une carence en micronutriment comme la vitamine A, le fer ou l'iode.

' Le progrès des nations 1996. UNICEF

Comme beaucoup de femmes rurales en Afrique, les femmes du pays dogon travaillent sans cesse. Vous pouvez les imaginer, les unes pilant le mil, les autres cherchant le bois trop rare en brousse, ou l'eau aux puits profonds en moyenne de 60 mètres.

Si elles acceptent de se réunir quand notre projet arrive dans leur village, c'est qu'elles espèrent un lendemain meilleur. Alors commence une relation où la confiance peut s'établir parce que mon excellente animatrice et moi-même sommes femmes, parce que notre projet a les moyens financiers et techniques de s'acquitter de ses engagements et parce que nous leur parlons de ce qui les préoccupe quotidiennement.

Grâce á la souplesse de la méthodologie participative de notre projet, les populations peuvent diagnostiquer les obstacles au développement de leur village, les contraintes propres aux uns et aux autres, et envisager avec nous comment y palier. Les actions programmées alors sont fonction des différentes caractéristiques des villages et de ses composants.

En ce qui concerne les femmes, nous sommes toujours confrontés aux problèmes de santé-nutrition, puisque c'est sur elles que repose en premier lieu la responsabilité du plat quotidien et des enfants. Il est souvent question :

d'augmenter et de diversifier les sources de revenus des femmes (fonds de roulement pour l'achat de cardes, de coton, de moutons à emboucher, de moulins manuels,...),

d'améliorer le recours aux soins de santé (soutien de la nouvelle politique sectorielle de santé,...),

d'informer et de faire circuler l'information sur différents sujets en santé-nutrition (animations dans les écoles, vidéo ou théâtre dans les villages, émissions sur les ondes de la radio locale,...),

d’alléger les tâches des femmes et (on l'espère !) De leur dégager du temps qu'elles pourraient consacrer aux enfants (approvisionnement en eau, foyers améliorés,...).

Je dois avouer que ce qui me passionne le plus, ce sont les aspects d'information-éducation-communication (IEC), car en pays dogon, c'est le nœud du problème nutritionnel. En effet les mères du pays dogon sont comme partout au monde attentif à leurs enfants et voudraient qu'ils soient gros et en bonne santé... mais le manque d'information, faute de contacts avec l'extérieur ou d'accès à l’éducation, les rendent souvent impuissantes.

Par exemple, elles savent très bien que les grossesses trop rapprochées qui sont plus fréquentes de nos jours, mettent en péril la vie de l'aîné (puisqu'elles sèvrent l'aîné sitôt qu'elles se rendent compte qu'elles sont enceintes).

Autrefois les vieilles femmes connaissaient des remèdes contraceptifs ou encore, la tradition voulait que la jeune mère passe tout le temps de l'allaitement (2 ~ 3 ans) chez sa belle-mère. Mais depuis une dizaine d'années, avec l'intensification de l'Islam, les traditions sont de plus en plus abandonnées et la femme revient à son mari après les quarante jours prescrits. Certaines femmes ont entendu parler des "médicaments des blancs" mais des tas d'a priori circulent à ce sujet : ils rendraient stérile définitivement, ils seraient trop chers, I'islam s'y opposerait, etc.

S'en suit tout un travail d'IEC passionnant : informer les femmes, mettre les services de la santé dans le coup, informer les hommes et favoriser la communication entre les maris et les femmes.

Un autre exemple plus complexe concerne le sort de l'enfant sevré entre 6 et 18 mois à l'arrivée d'une nouvelle grossesse. Cet enfant passe souvent sans transition du sein au plat familial (bouillie et to de mil), or ces plats sont trop peu énergétiques et la fréquence des repas trop faible pour ce petit estomac.

Nous avons testé avec elles plusieurs recettes de bouillies de sevrage à base d'ingrédients locaux et mis au point une bouillie à base de mil, de nièbe et d'arachide.

Mais encore faut-il que les mères aient le temps de préparer ces plats supplémentaires. Encore faut-il aussi que la femme ait ces ingrédients disponibles, alors qu'ils constituent une source de revenu par la vente sur les marchés locaux. Comme souvent en nutrition, les causes sont plurielles et les solutions également.

J'ai la chance d'être dans un projet, qui, si au départ n'avait pas la vocation d'être un projet intégré, a évolué vers une approche plus large des problèmes, et avec l'aide de chacun au sein de notre équipe pluridisciplinaire, nous essayons de débloquer les goulots d'étranglement. Dans le cas du manque de temps auquel sont confrontées les femmes, I'action du volet hydraulique villageoise ou l'introduction des foyers améliorés par exemple peut déjà améliorer la situation. Nous avons aussi un partenaire qui est responsable du volet microfinance dans notre zone, et j'ai personnellement beaucoup d'espoir dans cette stratégie qui pourrait intégrer d'avantage les femmes dans l'économie locale.

Au terme de deux années de travail, j'ai énormément appris au contact des populations du pays dogon et de mes collègues. Le chemin est encore long pour améliorer les conditions de vie des populations ; plus que les nombreux points d'eau à pourvoir, tout un changement d'habitudes et de pratiques reste à poursuivre.

Sophie LEONARD VNU Médecin Nutritionniste PAGTV/FENU Bankass MALI





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