Volontariat au service des familles des personnes disparues
10 March 2003

Sarajevo: Dix ans après la guerre, des milliers de familles bosniaques cherchent encore leurs disparus. La commission des disparus de la Fédération de Bosnie-Herzégovine a dénombré 27 734 personnes manquantes juste après la guerre de Bosnie qui a duré de 1992 à 1995. Depuis, 15 000 corps ou restes humains ont été exhumés et la moitié identifiés, dont 92 % de civils. A Srebrenica seule, entre sept et huit mille hommes victimes de massacres ont été portés disparus en juillet 1995. Depuis huit ans, l’Association Mères des Enclaves de Srebrenica et Zepa lutte contre l’oubli.

Dans le bureau minuscule de l’Association Mères des Enclaves de Srebrenica et Zepa situé sur une des nombreuses collines surplombant Sarajevo, la capitale de la Bosnie-Herzégovine, un groupe de femmes âgées se préparent pour un événement tant attendu mais douloureux. Le 31 mars prochain, plus de mille corps exhumés des fosses communes et identifiés grâce aux analyses d’ADN seront enterrés à Srebrenica. C’est en partie aux efforts de l’Association que le débat sur la tragédie de Srebrenica continue jusqu’à aujourd’hui et qu’à côté du nouveau cimetière à Srebrenica un centre mémorial financé par plusieurs gouvernements sera construit. « On n'a besoin que d'un seul remède, la vérité sur nos disparus. Je ne vis que pour ça, car pour le reste, je suis morte en 1995 », dit Munira Subasic, la présidente de l’Association qui a perdu 27 membres de sa famille en deux jours de juillet 1995.

Le conseil exécutif de l’Association, composé de sept femmes, se réunit tous les matins autour du café pour évoquer la tragédie et les manquants. Aucune de ces femmes n’a de salaire et toutes vivent en tant que réfugiées dans les faubourgs de Sarajevo souvent dans les conditions précaires. L’Association survit grâce au soutien des organisations nationales et internationales. Les contacts avec les partenaires internationaux, la préparation des projets et les services de traduction sont assurés par les jeunes volontaires. Qu’il s’agisse de rédiger un papier sur les projets, d’organiser les tables rondes ou d’aller apporter des vivres aux familles démunies, un simple regard bienveillant de ces femmes sans leurs fils et leurs maris est la meilleure rémunération.

Etre volontaire pour une telle organisation reflète un impératif moral inégalé. Rien que faire connaître l’ampleur de la tragédie de ces familles représente une contribution à la construction d’une idée au niveau de la société que plus jamais un tel crime ne doit être permis. Plus qu’un un acte d’altruisme gratuit, il s’agit d’une obligation de chacun à apporter un peu de remède aux plaies de la guerre. De son sac, Munira sort les clés de son appartement de Srebrenica. Mais pas question de revenir vivre « là-bas ». « Les massacreurs doivent dire où sont les corps », s'emporte-t-elle. Si l’amertume persiste, Munira conclut que les contacts avec des associations des familles des personnes disparues des autres communautés sont l’occasion de comprendre que « toutes les mères ne sachant pas ou se trouvent leur fils ont les mêmes larmes ».

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